Pourquoi disséquer des souris ?

Une décision du conseil d’Etat (Décision du CE) vient de réintroduire la dissection de la souris comme pratique possible dans nos cours de SVT. Cette décision de la plus haute juridiction administrative est fondée sur une démarche de respect du droit, non sur le fond du problème de la dissection de la souris en tant que telle. La justification liée à la directive européenne 2010/63/UE et sa transposition dans le code rural et maritime n’étaient tout bonnement pas respectueuses du droit.

Quelques rappels :

  • nous ne pratiquons, en travaux pratiques de SVT et en ce qui concerne les animaux Vertébrés et les céphalopodes (Mollusques : pieuvre, calamar…), que la dissection sur des animaux morts et ne pratiquons en aucun cas de procédures expérimentales (au sens du décret n° 2013-118 du 1er février 2013 relatif à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques) sur des animaux vivants comme cela peut se faire dans l’enseignement supérieur (beaucoup d’entre nous avons d’ailleurs de mauvais souvenirs de TP de Physiologie Animale en licence/maitrise/master).
  • les animaux utilisés proviennent d’élevages et d’établissements agréés.
  • le choix de l’espèce/des espèces d’animaux à disséquer et de l’opportunité de réaliser les dissections relèvent de la liberté pédagogique de l’enseignant de SVT.

Néanmoins, et sur ce dernier point, le débat existe, y compris entre nous, professeurs de SVT, sur l’opportunité à continuer à disséquer des souris. Je connais personnellement des collègues (en nombre non négligeable) qui ont choisi d’abandonner tout ou partie des activités de dissection. Certains arguments rejoignent ceux des partisans de la protection de la condition animale : respect de la vie animale, conditions d’élevage des animaux destinés à l’expérimentation animale et/ou la dissection qui, comme pour les élevages destinés à la consommation humaine, interrogent… Les autres arguments sont liés à des évolutions dans les méthodes pédagogiques (recours au numérique, évolution des pratiques liées au réel…).

Pourquoi continuer à faire pratiquer à mes élèves la dissection de la souris tant que cela ne sera pas interdit de manière légalement crédible ?

  • La souris est le seul mammifère réellement utilisable en SVT (encombrement, coût, disponibilité…je vous laisse imaginer si tous les établissements scolaires utilisaient des lapins) or nous avons besoin pour certaines parties du programme d’un mammifère : le seul exemple de l’étude des appareils génitaux dans le thème Féminin/Masculin de Première suffit à lui seul pour comprendre qu’on ne peut pas prendre un oiseau, un amphibien ou un poisson comme exemple (classification désuète des Vertébrés mais bien utile pour vulgariser).
  • Les moyens de substitution possibles à cette dissection ne sont pas encore au point. Je ne doute pas cependant que, dans quelques années, tous les établissements scolaires disposeront de casques de réalité virtuelle et de gants à retour de force. A ce moment-là, on pourra réinterroger la pertinence de la dissection de la souris ou au moins de donner une alternative crédible au recours au réel.
  • Enfin, on ne dissèque pas une souris pour seulement disséquer, la dissection s’inscrit bien entendu dans une progression pédagogique avec des notions/capacités à faire acquérir aux élèves mais aussi dans une éducation au vivant, à la condition animale qui doit amener l’élève à s’interroger sur le vivant, le respect de celui-ci, qu’il s’agisse d’une souris, d’une grenouille, d’une mouche du vinaigre, d’une plante, d’une bactérie… Ou de ce que l’on appelle communément des êtres vivants.

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