A l’heure des neurosciences : pourquoi tant de précipitation ?

Billet d’humeur

Comme beaucoup de professeur.e.s de SVT, j’ai une formation en biologie générale au cours de laquelle j’ai dû aborder des thématiques de neurologie, neurophysiologie,… Je me remémore d’ailleurs encore souvent les cours du Professeur Naim Kahn à l’U-Bg sur la potentialisation à long terme, la dépression à long terme, les récepteurs NMDA, AMPA,  l’apprentissage et la mémorisation… Et à cette époque, les neurosciences évoquaient surtout pour moi le gros manuel de Purves sur le sujet…

Devenu enseignant, j’avoue que les neurosciences ne sont restées pour un temps qu’un sujet de curiosité et/ou d’actualisation de mes connaissances pour enrichir mes cours… Mais je n’aurai jamais pensé qu’elles puissent devenir un jour un outil pour changer mes manières d’enseigner. Et puis j’ai vu apparaître, depuis quelques années, des projets, des initiatives où, prenant appui sur des « neurosciences », on allait améliorer les apprentissages voire la réussite des élèves… La dernière en date, à ma connaissance, est le projet Atole et ses cours d’attention ( http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/21/a-la-rentree-2017-les-eleves-suivront-des-cours-dattention-g_a_22095068/ ), projet porté par Jean-Philippe Lachaux, DR INSERM, qui semble sérieux  au vu des échantillons étudiés et des études menées en amont mais dont on peut s’étonner de la précipitation conduisant à sa généralisation (JP Lachaux le disant lui-même : « Dans dix ans, il faudra refaire les mêmes tests sur d’autres enfants du même âge et là, nous aurons un indicateur fiable de l’attention » ).

Et je m’interroge : pourquoi tant de précipitation ? Car malheureusement, des erreurs ont déjà eu lieu par le passé : on pourrait citer notamment Braingym® (l’éducation kinesthésique) qui a malheureusement encore des adeptes en France alors que pour la quasi totalité des spécialistes du domaine des neurosciences, c’est de la pseudoscience sans bases scientifiques réelles (on pourra se reporter à S. Della Sala & M. Anderson (2012) Neurosciences in education, the Good, the Bad and the Ugly chez Oxford Press p. 247-250). De la même façon et pour relativiser certains résultats, on pourrait pointer l’utilisation des interprétations des résultats des IRMf (IRM fonctionnels) dont la plupart des études sont faites chez l’adulte, pour en tirer des enseignements chez l’enfant, etc…Les chercheurs eux-mêmes appelant à la prudence dans la transposition des résultats de la recherche… Alors pourquoi ?

Le livre récent de Céline Alvarez, l’appui de chercheurs éminents dans le domaine des neurosciences comme Stanislas Dehaene, Professeur au Collège de France, laissent à penser que les neurosciences dans l’éducation sont dans l’air du temps… Mais, si les raisons ne manquent pas de faire se rencontrer les neurosciences et l’éducation (notamment pour mieux aider les  enfants à besoins éducatifs particuliers par exemple), les neurosciences ne doivent pas être le prétexte à prôner un réformisme [et une casse de l’école publique actuelle… Et peut être est-ce là la véritable raison… Au delà de potentiels marchés peut-être convoités par les promoteurs de de certaines méthodes « neuroscientifiques »] basé sur des pratiques sans évaluations réelles, baignées pour certaines de neuromythes et de pseudoscience…

A l’heure des neurosciences, ne jouons pas aux apprentis-sorciers avec nos élèves.

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